PROCÉDURE & FORMALITÉS 06.07.26 · 8 MIN

Mauvais organe décisionnaire : changement de dénomination invalide ?

Qui peut décider d'un changement de dénomination sociale ? Découvrez quel organe est compétent selon la forme juridique et les risques d'un PV nul.

Sommaire — 6 parties
L'ESSENTIEL EN TROIS LIGNES
01 Le changement de dénomination sociale est une modification statutaire : seul l'organe habilité à modifier les statuts peut en décider.
02 En SARL, l'AGE est compétente (article L223-30 du Code de commerce) ; en SAS/SASU, les statuts désignent librement l'organe compétent.
03 Une décision prise par un organe incompétent expose la société à une nullité du procès-verbal et à un rejet du dossier par le greffe.

Choisir un nouveau nom pour sa société, c’est une belle étape : on y projette une nouvelle ambition, une montée en gamme, parfois le début d’un nouveau chapitre. Pour que cette décision tienne juridiquement, une seule règle compte vraiment au départ : c’est l’organe habilité à modifier les statuts qui doit voter ce changement, et lui seul. La dénomination étant une mention obligatoire des statuts (article 1835 du Code civil), un changement décidé par le mauvais organe expose à une décision nulle et à un rejet du dossier au greffe. Bonne nouvelle : c’est un écueil entièrement évitable, à condition de savoir qui décide selon votre forme juridique — c’est tout l’objet de cet article.

Et rappelons-le d’emblée, parce que cela rassure : changer de nom ne fait pas table rase de votre entreprise. La personne morale reste la même. Votre SIREN, vos contrats en cours, votre historique, votre ancienneté : tout est conservé. Seul le nom change.

Prenons un fil conducteur pour rendre les choses concrètes. Pierre et Véronique cogèrent une SARL baptisée « Atelier du Cours Victor » (exemple illustratif). Après des années d’activité, leur offre a évolué et le nom ne leur ressemble plus tout à fait. Ils veulent devenir « Maison Victor ». Une décision enthousiasmante — à condition de la faire voter par le bon organe.

Pourquoi l’organe décisionnaire est la première question à se poser

La dénomination sociale n’est pas un simple libellé commercial. C’est une mention statutaire obligatoire, visée à la fois par l’article 1835 du Code civil et par l’article L210-2 du Code de commerce. Changer le nom de la société, c’est donc modifier les statuts.

Or, modifier les statuts n’est pas un acte anodin. Il ne suffit pas que le dirigeant le décide seul, que les associés s’accordent verbalement ou qu’un courriel circule entre actionnaires. La loi — et parfois les statuts eux-mêmes — désigne précisément quel organe est habilité à prendre cette décision, selon quelles conditions de quorum et de majorité.

Pour Pierre et Véronique, la réponse est nette : leur SARL impose une assemblée générale extraordinaire. S’ils se contentaient d’un accord verbal entre eux, le passage de « Atelier du Cours Victor » à « Maison Victor » resterait juridiquement fragile, même s’ils sont parfaitement d’accord tous les deux.

Un PV rédigé sans respecter ces règles est un PV qui peut être invalidé. Et en pratique, c’est souvent le greffe du tribunal de commerce qui le signale en premier, en rejetant le dossier déposé via le guichet unique de l’INPI.

⚠️ Attention : Un dossier rejeté par le greffe n’est pas simplement retardé. Il doit être entièrement reconstruit, parfois avec une nouvelle annonce légale. Cela génère des frais et des délais que l’on aurait pu éviter en vérifiant la compétence de l’organe en amont.

Tableau récapitulatif : quel organe pour quel type de société ?

Forme juridiqueOrgane compétentBase légaleConditions de majorité
SARLAssemblée générale extraordinaire (AGE)Article L223-30 du Code de commerce2/3 des parts détenues par les associés présents ou représentés
SAAssemblée générale extraordinaireArticle L225-96 du Code de commerce2/3 des actions détenues par les actionnaires présents ou représentés
SASOrgane désigné par les statutsArticles L227-1 et suivants du Code de commerceSelon les statuts (liberté totale)
SASUAssocié unique (décision unilatérale)Article L227-1 du Code de commerceDécision unilatérale constatée dans un PV
EURLAssocié uniqueArticle L223-31 du Code de commerceDécision unilatérale constatée dans un PV
SCIAssemblée des associés (selon les statuts)Article 1836 du Code civil + statutsSelon les statuts (souvent unanimité ou majorité qualifiée)
SNCUnanimité des associésArticle 1836 du Code civil + statutsUnanimité sauf clause contraire

Ce tableau illustre une réalité simple : il n’existe pas de règle universelle. La réponse dépend de la forme juridique, et pour les SAS notamment, de la rédaction précise des statuts.

Le cas particulier de la SAS : la liberté statutaire, un piège possible

La SAS est la forme juridique qui offre le plus de liberté dans l’organisation de sa gouvernance. Cette liberté est consacrée par les articles L227-1 et suivants du Code de commerce. Mais cette souplesse a un revers : elle suppose que les statuts aient été rédigés avec précision.

Dans une SAS, les statuts peuvent prévoir que le changement de dénomination est décidé :

  • par l’assemblée des associés, à une majorité définie ;
  • par le président seul ;
  • par un comité stratégique ou un organe collégial ;
  • ou encore par une combinaison d’organes (accord du président + ratification par les associés).

Si vous réunissez l’assemblée des associés alors que les statuts donnent ce pouvoir au président seul — ou l’inverse —, la décision prise est irrégulière. Elle pourra être contestée par un associé ou rejetée par le greffe. La question du bon organe se double d’ailleurs de celle du bon seuil de vote : nous l’approfondissons dans notre article sur la majorité requise pour changer le nom d’une SAS.

💡 Conseil pratique : Avant de convoquer une quelconque réunion ou de rédiger un procès-verbal, relisez les clauses de vos statuts relatives aux modifications statutaires. Cherchez les termes “modification des statuts”, “décisions collectives extraordinaires” ou “compétence du président”. Si la rédaction est ambiguë, faites-vous accompagner.

Pour vous accompagner dans cette démarche, notre service de changement de dénomination sociale comprend une vérification des éléments transmis avant tout dépôt au greffe.

EURL et SASU : la décision de l’associé unique

Dans une EURL ou une SASU, la question de l’organe compétent est plus simple en apparence : il n’y a qu’un seul associé, qui concentre tous les pouvoirs de l’assemblée. Cette règle est posée par l’article L223-31 du Code de commerce pour l’EURL, et par l’article L227-1 pour la SASU.

L’associé unique décide seul du changement de dénomination. Mais “décider seul” ne dispense pas de formalisme. La décision doit être constatée dans un procès-verbal écrit, daté et signé. Ce PV est une pièce obligatoire du dossier de modification, et sa rédaction recèle plusieurs pièges : voyez à ce titre les erreurs à éviter dans un PV de changement de dénomination de SASU.

Les erreurs fréquentes dans ce cadre sont :

  • L’absence de PV : la décision a été prise “mentalement” ou par simple courrier, sans procès-verbal formel ;
  • La confusion entre le rôle de gérant et celui d’associé unique : le gérant d’une EURL n’a pas, en cette seule qualité, le pouvoir de modifier les statuts si ce pouvoir appartient à l’associé unique ;
  • La date antérieure à l’annonce légale : le PV doit être antérieur à la publication de l’avis de modification, sous peine d’incohérence dans le dossier.

Vous pouvez consulter un modèle de PV de changement de dénomination pour vous assurer que votre document contient bien toutes les mentions requises.

Conséquences concrètes d’un PV pris par un organe incompétent

Un procès-verbal irrégulier ne produit pas les effets attendus. Les conséquences sont multiples et peuvent s’enchaîner rapidement.

Sur le plan procédural, le greffe du tribunal de commerce, saisi via le guichet unique de l’INPI, peut rejeter le dossier de modification. Ce rejet n’est pas systématiquement motivé de façon détaillée, ce qui contraint la société à identifier elle-même l’irrégularité — un cas de figure que nous décryptons dans notre guide sur le rejet du greffe et la marche à suivre pour régulariser.

Sur le plan juridique, la décision peut être frappée de nullité. Tout associé peut, en théorie, demander l’annulation d’une décision prise en violation des règles de compétence ou de majorité. La société se retrouverait alors avec une dénomination modifiée dans ses pratiques mais toujours inchangée au RCS — situation source de confusion et de risques contractuels.

Sur le plan opérationnel, pendant toute la durée du blocage, la société ne dispose pas de son nouveau Kbis. Elle ne peut pas justifier officiellement de sa nouvelle dénomination auprès de ses partenaires, banques ou administrations. Si elle a déjà modifié ses factures, devis ou mentions légales en anticipant la formalité, elle est en situation d’irrégularité.

📌 À retenir : Le coût d’une procédure à recommencer (nouvelle annonce légale, nouveau dossier, nouveaux frais de greffe) dépasse souvent de loin le temps qu’il aurait fallu pour vérifier la compétence de l’organe avant la première réunion. À titre indicatif, une seule procédure régulière suppose déjà des frais de greffe de 166,71 € TTC et, le cas échéant, une publication d’annonce légale. Depuis 2021, cette annonce relève d’un tarif forfaitaire réglementé, fixé par arrêté ministériel et identique pour toutes les formes de société : 199 € HT en France métropolitaine (et 229 € HT à La Réunion et à Mayotte). Ce montant n’est pas un prix maison : nous le répercutons à l’identique, sans marge. Tout recommencer revient à payer ces postes une seconde fois. Consultez notre page dédiée au coût d’un changement de dénomination pour comprendre ce qui est en jeu financièrement.

Comment sécuriser la procédure avant de déposer le dossier

Voici les étapes à suivre pour éviter tout vice de procédure lié à l’organe décisionnaire.

1. Identifier l’organe compétent Consultez vos statuts. Pour une SARL ou une SA, la loi tranche. Pour une SAS, seuls vos statuts permettent de répondre. Si la rédaction est lacunaire ou contradictoire, une mise à jour préalable peut être nécessaire.

2. Respecter les conditions de convocation Une AGE ne se convoque pas de façon improvisée. Les délais et modalités de convocation (lettre recommandée, délai minimal avant réunion…) sont souvent prévus par les statuts. Les négliger peut entacher la régularité de la décision elle-même.

3. Rédiger un PV complet et conforme Le procès-verbal doit mentionner : l’organe réuni, la date, le lieu, le quorum atteint, la majorité obtenue, l’ancienne dénomination, la nouvelle dénomination adoptée, et la délégation de pouvoirs pour accomplir les formalités.

4. Vérifier la disponibilité de la nouvelle dénomination Avant d’acter officiellement la nouvelle dénomination, effectuez une recherche d’antériorité sur la base de données de l’INPI. Une dénomination identique ou proche d’une marque enregistrée expose la société à une action en contrefaçon ou en concurrence déloyale.

5. Déposer le dossier dans le délai légal La déclaration de modification doit intervenir dans le délai d’un mois suivant la décision. Le dépôt s’effectue via le guichet unique de l’INPI, accompagné de l’attestation de parution de l’annonce légale. Si la nouvelle dénomination fait par ailleurs l’objet d’un dépôt de marque à l’INPI, prévoyez en sus la taxe de dépôt, qui s’élève à 190 € pour une classe.

À noter, et c’est la bonne nouvelle qui clôt cette étape : le changement de dénomination ne modifie pas le numéro SIREN ni le numéro SIRET de la société. Pour Pierre et Véronique, « Maison Victor » conserve donc l’intégralité de l’identité administrative de l’ancienne « Atelier du Cours Victor » : même immatriculation, mêmes contrats, même historique bancaire. Le greffe délivre simplement un nouvel extrait Kbis mentionnant la nouvelle dénomination, et le Registre National des Entreprises (RNE) est mis à jour en conséquence.


Si vous avez un doute sur la régularité de votre procédure, ou si vous souhaitez déléguer l’ensemble de la formalité à des professionnels qui vérifient chaque étape avant dépôt, contactez-nous. Notre équipe analyse votre situation et vous indique la marche à suivre selon votre forme juridique et vos statuts. Notre accompagnement débute à partir de 150 € HT.


Article rédigé par Alexis Egron, dirigeant de Norge Conseil. Mis à jour le 22 juin 2026.

Alexis Egron
Supervise les dossiers du réseau · relu le 22.06.26
150 € HT
vérifié avant dépôt
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